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N'hésitez pas à me laisser vos commentaires.
Vous pourrez voir mes collections et broderies déjà publiées sur mon ancien blog ICI

mardi 17 octobre 2017

Espagne


Fabienne, qui habitait à l'époque en Espagne, m'avait envoyé régulièrement il y a déjà longtemps, plein de marque-pages d'Espagne.
Je les ai tous publiés ici ou dans mon ancien blog(ICI) sauf ces 5 derniers. 
Si elle passe par ici, car elle n'a plus de blog, je la remercie encore vivement de tous ces marque-pages


Un de Madrid


Et quatre marque-pages de tableaux se trouvant au musée Thyssen de Madrid

































                           Un conte espagnol pour les accompagner

 
Qu'on s'imagine la situation d'une famille dont les quatre fils prétendent à la main de la même jeune fille ! Et celle-ci, belle comme le jour, n'aurait pu dire qui elle préférait, de Manolo ou de Pépé, de Juan ou de Paco. Son extrême jeunesse était peut-être la cause de son embarras. Une fois, pourtant, le parfum d'une rose rouge qu'elle avait posée sur ses genoux lui inspira une idée originale.

-"Allez par le monde, dit-elle aux quatre jouvenceaux, et j'appartiendrai à qui me rapportera une des plus belles choses qui existent sur terre."

Il y a maintes merveilles dans le monde; et il s'agissait, pour chacun des frères rivaux, de découvrir la plus belle et de remporter la victoire. Ils se séparèrent sur une colline. Manolo, l'aîné, se dirigea vers le nord; Pépé, à travers le désert, s'en alla à la rencontre du soleil, et Juan porta ses pas vers le couchant. Quant à Paco, le cadet, il se dit qu'il y avait eu autrefois, en Orient, des choses merveilleuses, et qu'il conviendrait de s'y rendre par mer.
 
Le voyage de l'aîné fut court. Au bout de quelques jours, il atteignit une ville et, alors qu'il déambulait parmi des gens affairés, quelqu'un le saisit par le bras et lui murmura: 

-"Suis-moi discrètement et tu trouveras la merveille que tu désires."

L'étranger le conduisit, après maints détours, dans une maison où ils virent un gigantesque miroir qui recouvrait une paroi tout entière. Le jeune homme pensa: 

-"Mon père, qui a parcouru le monde, n'a jamais vu un tel miroir. A propos, que fait-il en ce moment ? Comment se porte-t-il ? Ses affaires marchent elles bien ?"

 Alors qu'il se posait toutes ces questions, un scintillement se produisit à la surface du miroir. Le père apparut et dit fort distinctement : 

-"Oui, c'est moi, et je me porte très bien!"

 A peine Manolo était-il revenu de sa surprise que l'homme lui proposa : 

-"Sers-moi une demi-année et je te donnerai un petit miroir qui jouira des mêmes propriétés. N'est-ce pas là une merveille ?"

Manolo accepta ces conditions et servit l'étranger pendant six mois.

Pépé était parvenu, lui aussi, dans une ville. Là, comme pour Manolo, un étranger le saisit par le bras et lui fit voir un magnifique tapis qu'il déroula et étendit sur le sol. 

-"Achète-le, lui conseilla-t-il, car c'est un tapis volant. N'est-ce pas là un objet merveilleux ?"

Ils s'assirent sur le tapis pour en faire l'essai, et, comme une flèche, filèrent sur Constantinople et Bagdad. Le tapis était, il est vrai, horriblement cher, mais Pépé par bonheur avait assez d'argent sur lui. Il l'acheta donc et vogua avec ravissement dans les airs.

Juan, le troisième, arriva dans une ville un jour de marché. On entendait de tous côtés le piaillement des volailles et cela sentait bon les fruits mûrs. Partout les vendeurs exposaient leur marchandise et Joan s'arrêta devant un étalage de pommes qui lui dirent en clignant des yeux :

-"Achète-nous, achète-nous donc !"

La marchande, une paysanne, prit le jeune homme à l'écart et lui murmura : 

-"Ce sont là des pommes comme on n'en voit nulle part. Il suffit à un malade d'y mordre pour être aussitôt guéri. Mes pommes sont certainement la merveille que tu cherches."

-"Oh ! donne-m'en une, supplia Juan, une seule, toi qui en as une centaine, et je ramènerai ta charrette à la ferme. "

La paysanne y consentit.

Quand le temps fut venu, les trois frères se rencontrèrent sur la colline où ils s'étaient séparés. Seul Paco, le plus jeune, n'était pas encore là. Manolo sortit alors son petit miroir, l'agita, et voici que Paco y apparut et dit : 

-"Ne m'attendez pas, car ce que j'apporte est lourd et je n'avance que lentement. "

Finalement, Manolo eut l'idée de regarder dans son miroir ce qui se passait à la maison. Il agita de nouveau le miroir et celui-ci brilla clair dans le soleil. Mais que virent-ils ? Hélas ! Dans un lit blanc gisait la jeune fille, malade à mourir, la belle enfant pour qui ils s'étaient mis en quête de merveilles. Et c'est leur propre père qui, par le truchement du miroir, les suppliait: 

-"Revenez, mes enfants, elle se meurt !"

C'était le moment ou jamais pour Pépé d'utiliser son tapis volant. Il l'étendit. Tous trois y prirent place et Juan tira la pomme de sa poche. Le carrosse aérien fila comme une flèche et les amena à destination. La jeune fille goûta la pomme et fut aussitôt guérie. 

-"Je vous rends grâce, dit-elle, mais je ne puis prendre pour mari aucun de vous, car vous prétendez tous les trois que c'est à votre merveille que je dois la vie : le miroir qui vous a appris que j'étais malade, le tapis qui vous a si rapidement transportés et la pomme à laquelle je viens de mordre." 

Paco arriva enfin tout essoufflé car il rapportait d'Orient un très beau rosier. Et c'est dans le parfum enivrant des roses que la jolie fille embrassa le plus jeune des quatre frères et qu'elle dit en souriant: 

-"Une seule de ces roses est la plus magnifique des merveilles... et d'ailleurs, c'est Paco que j'ai toujours le mieux aimé !" 

On pensera qu'elle aurait bien pu le dire tout de suite. Oui, mais, dans ce cas, que serait devenu notre conte ?


Contes et légendes d'Espagne (contes d'ici et d'ailleurs)