MITOU m'a encore gâtée pour Noël
J'ai reçu une carte dans une très jolie enveloppe peinte par elle-même
Et le lendemain, je recevais, toujours de Mitou, une autre carte avec un calendrier de marque-pages de peintures bretonnes, du peintre Charles Gharlic
Je vous montre de suite celui de janvier, accompagné de celui du mois d'août sur le même thème
L’odeur des bords de mer
Un souffle d’air iodé et
vous devinez que la mer est là. Le temps d’une infime respiration, vous
pénétrez, comme par enchantement, dans un autre monde, tendre et rude à
la fois.
Des dunes plantées vont-t-elles affleurer
à l’horizon ? S’agira-t-il plutôt d’une large baie grise et verte,
coloriée çà et là de bateaux posés à marée basse ? Surgira-t-elle
véhémente du pied d’une falaise abrupte ?
À l’arrivée à Penvins, la route se
faufile entre de petites maisons chaulées et ralentit soudain sa course
sur des traînées de sables, alors qu’au bout, là-bas, une petite
chapelle vient partager les flots.
Surtout ne pas transformer ce pouvoir flottant de l’odeur qui, chaque fois différente, avertit que la mer est proche.
C’est au-dedans de soi que cette odeur
des rivages repose et ravive la mémoire. Il y a la vase qui glisse entre
les orteils, écœurante et chaude, avec ses relents enivrants. Il y a le
sel poisseux léché à même la peau tandis qu’on essuie le sable qui
colle aux jambes. Il y a cette végétation basse qui griffe les mollets
et ces fleurs d’où monte à chaque pas un arôme corsé.
Je me souviens de charrettes enfouies
sous le varech, je revoie les bœufs hélant les barques sur les plages,
j'entends encore les tracteurs qui le soir venu ramènent les chaloupes.
C’était l’heure où les bateaux, les barques et les voiliers, rentraient
dormir au port, et leur sommeil profond était bercé par le tangage qui
alourdissait le pas des marins en bordées.
La journée sera chaude, le vent ne faiblira pas…
Plus tard je me tiens là, seul devant les
vagues qui viennent me mouiller les pieds. Un temps je joue avec l’onde
mouvante et sa bordure d’écume. Puis les cheveux humides et les lèvres
séchées je ne sais quoi répondre aux cris des mouettes. Je suis des yeux
le vol des goélands querelleurs.
Les pêcheurs de crustacés se perdent à
l’horizon, plusieurs voiles blanches cinglent vers les îles lointaines,
deux gros bateaux se fondent dans la brume et, là-haut, des flocons de
nuages passent dans le ciel bleu. L’odeur est là, omniprésente, je ne la
sens plus. Je voudrais m’arrêter, attendre et observer.
Qui suis-je au fond ? Finistère tendu vers l’océan ou petite mer intérieure ?
Gilles Le Brech (Penseurs et poètes en Bretagne)
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image pinterest. Peinture Charles Gharlic, marque-page du mois d'août |