Un très joli marque-page africain, envoyé bien gentillement par JEANINE, une amie de LAURE
Je la remercie d'avoir pensé à moi !
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Merci Jeanine ! |
Les trois arbres
Les arbres savent tous qu'ils sont importants. Certains prétendent l'être plus que les autres et ceux de la brousse se chamaillent parfois à ce sujet avec ceux du village.
Ce jour-là, il y en avait trois qui discutaient bruyamment : le baobab, prince de la brousse, le fromager, prince du village, et le palétuvier, prince de la mangrove.
-"Personne n'est plus utile que moi, dit le baobab. Les femmes utilisent mes feuilles pour faire la soupe. Les enfants raffolent de mes fruits, les pains de singe, qui sont aussi utilisés dans la préparation des desserts. Et les hommes font de la ficelle à partir de mon écorce."
-"Tu oublies de préciser que ton bois est inutile, car il est creux, répliqua le fromager, et que durant la saison sèche, tes branches sont dénudées. Tu ne sers de perchoir qu'aux charognards. Les nuits de pleine lune, ta silhouette fait penser à celle d'un revenant. Tu fais peur à tout le monde et personne ne t'aime. C'est pourquoi tu vis souvent seul et éloigné de tous."
-"Je suis le plus utile des trois, déclara ensuite le palétuvier. Les huîtres dont tout le monde raffole vivent accrochées à mes racines. Mon bois est utilisé par les femmes pour faire cuire les repas et par les hommes pour la construction des toits de leurs cases."
-"Quelle prétention ! s'exclama le fromager. Tu sembles oublier que tu es le plus petit de nous trois. Tu ne peux pousser que dans la vase et tes racines qu'on aperçoit dans l'eau te font ressembler à un baobab à l'envers. Sur tes branches, on voit courir des crabes et se déplacer des périophtalmes, ces affreux poissons amphibies qui aiment se promener hors de la mangrove."
-"Tu t'es contenté d'émettre avec arrogance des critiques à notre égard sans jamais parler de tes qualités," lui reprochèrent le baobab et le palétuvier.
-"Je dois reconnaître que je ne donne pas de fruits et que mes racines n'abritent pas d'huîtres, répondit le prince du village. Mais c'est dans mon bois que les hommes creusent leurs pirogues et c'est avec lui qu'ils fabriquent les portes de leurs cases. C'est moi qui suit au centre de la place des palabres, moi qui offre de l'ombre à tout le monde, moi encore qui abrite les plus beaux oiseaux, et moi enfin qui embellis le village."
Il avait à peine terminé de parler qu'un orage éclata. De nombreux éclairs zébrèrent le ciel gris. Le tonnerre se fit violemment entendre. Tout trembla et la foudre s'abattit sur le fromager, qui fut entièrement calciné.
Le baobab et le palétuvier s'en furent tristement en regrettant la disparition du prince du village, qui au fond, n'était qu'un arbre comme eux, avec ses qualités et ses défauts.
15 contes du Sénégal par Jean Muzi


























